Amortissement par type d’actif : tableau de référence

En bref

Tous les biens immobilisés ne s’amortissent pas selon les mêmes règles. La durée, la méthode (linéaire, dégressif ou dérogatoire) et l’éventuel plafond fiscal dépendent du type d’actif. Cette page récapitule les règles applicables aux principales catégories — véhicules, matériel informatique, logiciels, mobilier, locaux, fonds de commerce — et renvoie vers les articles dédiés pour le détail de chaque cas.


Pourquoi raisonner par type d’actif

Le Plan Comptable Général pose un principe général (article 214-13) : l’amortissement répartit le coût d’une immobilisation sur sa durée d’utilisation. Mais ce principe se décline ensuite bien par bien selon trois variables que le propriétaire de l’actif n’a pas toujours en tête :

  • La durée d’usage admise, fixée par référence aux usages professionnels et au BOFiP.
  • La méthode d’amortissement éligible : tous les actifs ne donnent pas droit au dégressif.
  • Les plafonds ou règles fiscales spécifiques : certains biens (véhicule de tourisme, immeuble en LMNP, fonds de commerce) sont encadrés par des règles à part.

Concrètement : un ordinateur acheté 1 800 € et un véhicule de tourisme acheté 35 000 € ne se traitent pas du tout de la même façon, même s’ils relèvent tous les deux des immobilisations corporelles. C’est ce que résume le tableau de référence ci-dessous.

Tableau de référence — durées et méthodes par actif

Durées indicatives admises par l’administration fiscale (BOFiP-Impôts, série BIC-AMT). Les durées d’usage sont des fourchettes : un commissaire aux comptes peut accepter une durée différente si elle est justifiée par les conditions réelles d’utilisation dans l’entreprise.

Catégorie Type d’actif Durée d’usage indicative Méthode Cas particulier Article dédié
Véhicules Véhicule de tourisme 4-5 ans Linéaire (dégressif interdit) Plafond fiscal selon CO2 Voir l’article
Véhicule électrique 4-5 ans Linéaire Plafond fiscal 30 000 € Voir l’article
Véhicule utilitaire / société 4-5 ans Linéaire ou dégressif si neuf Pas de plafond Voir l’article
Informatique Matériel informatique (ordinateur, serveur) 3 ans Linéaire ou dégressif (coef. 1,25) Voir l’article
Logiciel acquis en licence 1 à 3 ans Linéaire (parfois dégressif si neuf) SaaS = charge, pas immo Voir l’article
Site internet 3 à 5 ans Linéaire Frais de création immobilisables sous conditions Voir l’article
Mobilier & équipement Mobilier de bureau 10 ans Linéaire Voir l’article
Matériel et outillage 5 à 10 ans Linéaire ou dégressif (coef. 1,75) Voir Durées d’amortissement
Agencements et installations 10 à 15 ans Linéaire Voir Durées d’amortissement
Immobilier (B2B) Construction (gros œuvre) 20 à 30 ans Linéaire Approche par composants obligatoire Voir l’article
Toiture, second œuvre 15 à 25 ans Linéaire Composant à isoler Voir l’article
Terrain Non amortissable Sauf carrière, gisement Voir l’article
Immobilier en LMNP Bien loué meublé Décomposition par composants Linéaire par composant Cluster fiscal spécifique Voir le pilier LMNP
Énergie Panneau solaire (pro/agricole) 20 à 25 ans Linéaire Suramortissement temporaire selon période Voir l’article
Immatériel commercial Fonds de commerce Non amortissable en principe Exception 10 ans pour TPE/PME (PCG 2022) Voir l’article
Droit au bail Non amortissable en principe Cas particuliers Voir l’article
Brevet, licence à durée fixe Durée de protection Linéaire Voir Immobilisations incorporelles
Marque Non amortissable en principe Durée d’usage indéterminée Voir Immobilisations incorporelles

Les biens non amortissables : une catégorie à part

Avant de se demander comment amortir, il faut s’assurer que le bien est amortissable. Quatre catégories échappent à l’amortissement :

Le terrain. Un terrain ne s’use pas, sauf cas particulier (carrière, gisement). C’est la règle la plus stable du PCG. Conséquence pratique : à l’achat d’un local commercial, il faut séparer la valeur du terrain et celle de la construction dans les comptes — seule la construction est amortissable. Cette séparation est aussi la base de la décomposition par composants en LMNP. Pour le détail : Amortissement et terrain : pourquoi le sol est exclu.

Le fonds de commerce, en principe. Il n’est pas amortissable parce que sa valeur est censée perdurer tant que l’activité reste exploitée. La réforme du PCG en vigueur depuis 2022 a néanmoins ouvert une exception pour les TPE et PME (sous seuils de chiffre d’affaires et de bilan) : amortissement possible sur 10 ans. Détails : Amortissement du fonds de commerce.

Les œuvres d’art acquises par l’entreprise dans le cadre du mécénat (article 238 bis AB du CGI) suivent un régime de déduction étalée qui n’est pas un amortissement comptable au sens strict. Et leur valeur ne se déprécie pas dans le bilan.

Les immobilisations financières (titres de participation, prêts, dépôts). Elles peuvent en revanche faire l’objet d’une dépréciation quand leur valeur estimée descend sous leur valeur d’acquisition. La dépréciation est ponctuelle, l’amortissement est planifié — ce sont deux mécanismes distincts. Voir Immobilisations financières.

Les règles fiscales spécifiques par actif

Trois familles d’actifs concentrent l’essentiel des règles particulières que les concurrents éditoriaux traitent superficiellement.

Véhicule de tourisme : le plafond fiscal

C’est la règle particulière la plus fréquemment rencontrée et la plus mal appliquée. Quand une entreprise achète un véhicule de tourisme (immatriculé VP), seule une fraction du prix d’achat est admise comme base d’amortissement déductible, plafonnée selon les émissions de CO2. La fraction qui dépasse le plafond donne lieu à un amortissement excédentaire non déductible, à réintégrer fiscalement chaque année.

Les plafonds applicables (à vérifier chaque janvier — ils sont susceptibles d’évolution annuelle) :

Émissions CO2 Plafond de base amortissable
0 g/km (véhicule électrique) 30 000 €
1 à 49 g/km (véhicule hybride éligible) 20 300 €
50 à 130 g/km 18 300 €
Plus de 130 g/km 9 900 €

Pour le calcul de la part non déductible et l’écriture comptable, voir l’article dédié : Amortissement du véhicule de tourisme. Les véhicules utilitaires (catégorie N1) ne sont pas concernés par ces plafonds.

Logiciel : la frontière SaaS / immobilisation

La question revient en permanence depuis que les logiciels sont passés du modèle « licence à payer une fois » au modèle SaaS (abonnement). Le critère de bascule est simple à énoncer mais souvent mal tranché :

  • Licence perpétuelle (paiement unique, droit d’usage permanent) : c’est une immobilisation incorporelle, à amortir sur 1 à 3 ans selon la durée d’usage technique.
  • SaaS / abonnement (paiement récurrent, droit d’usage tant qu’on paie) : c’est une charge, comptabilisée au compte 6181 ou 6228 selon la nature, sans amortissement.

Cas hybride : un logiciel SaaS facturé annuellement avec engagement pluriannuel. Le retraitement dépend du contrat. Voir Amortissement du logiciel.

Approche par composants : obligatoire au-delà d’un seuil

Pour les actifs complexes (immeuble, véhicule poids lourd, avion, machine industrielle), l’amortissement en bloc est interdit dès lors que les composants ont des durées d’usage significativement différentes. C’est l’approche par composants prévue à l’article 214-9 du PCG.

Concrètement, un local commercial de 500 000 € s’amortit ainsi :
– Terrain (estimé 100 000 €) : non amortissable.
– Gros œuvre (250 000 €) : amorti sur 30 ans.
– Toiture (50 000 €) : amortie sur 25 ans.
– Second œuvre et finitions (75 000 €) : amorti sur 15 ans.
– Équipements (chaudière, ascenseur — 25 000 €) : amortis sur 10-15 ans.

C’est cette logique qui rend les amortissements LMNP si avantageux fiscalement (cf. pilier LMNP).

Quelle méthode choisir : arbre de décision rapide

Trois questions, dans cet ordre :

1. Le bien est-il éligible au dégressif ? L’amortissement dégressif est strictement réservé. Sont éligibles : matériel et outillage industriel acquis neuf, équipement informatique neuf, certains équipements éligibles selon le BOFiP (BIC-AMT-20-20). Ne sont pas éligibles : véhicule de tourisme, mobilier, immeuble, biens d’occasion, immobilisations incorporelles (sauf logiciels neufs sous conditions).

2. L’entreprise a-t-elle intérêt au dégressif ? Le dégressif accélère la déduction fiscale les premières années. C’est intéressant pour une entreprise bénéficiaire qui veut récupérer rapidement la déductibilité de son investissement. Pour une entreprise déficitaire ou en démarrage, l’effet fiscal immédiat est nul — autant rester en linéaire, plus simple.

3. Y a-t-il un cas pour le dérogatoire ? L’amortissement dérogatoire devient nécessaire quand la durée fiscale admise est plus courte que la durée d’usage comptable, ou en cas de suramortissement temporaire (mesure exceptionnelle). C’est une mécanique technique, à voir avec un expert-comptable. Détail : Amortissement dérogatoire.

Par défaut — c’est-à-dire quand on n’a aucune raison particulière de faire autrement — le linéaire s’applique. Plus de 90 % des actifs sont amortis en linéaire dans les comptes des PME françaises.

FAQ

Comment savoir quelle durée appliquer à un bien spécifique ?
Trois sources hiérarchisées. D’abord l’usage réel dans votre entreprise (durée pendant laquelle vous comptez utiliser le bien). Ensuite le BOFiP (BIC-AMT-10) qui donne les durées d’usage admises par catégorie. Enfin, en cas de doute, votre expert-comptable, qui aligne les durées avec la doctrine de votre secteur. La durée fiscale et la durée comptable peuvent différer — c’est ce que gère l’amortissement dérogatoire.

Peut-on amortir un bien acheté d’occasion en dégressif ?
Non. Les biens d’occasion sont exclus de l’amortissement dégressif. Le linéaire s’applique sur la durée d’utilisation prévisible restante.

Faut-il amortir une cafetière à 80 € ?
Non. Sous le seuil de 500 € HT par bien (seuil de tolérance fiscale, BOFiP BIC-CHG-20-20), un actif peut être passé directement en charge plutôt qu’immobilisé. Au-delà de ce seuil, l’immobilisation et l’amortissement sont la règle.

Que faire d’un bien entièrement amorti mais encore utilisé ?
Le bien reste à l’actif du bilan à sa valeur d’origine, contrebalancé par les amortissements cumulés équivalents (valeur nette comptable nulle). Aucune nouvelle dotation n’est passée. Tant que le bien sert, il reste inscrit. À la cession ou à la mise au rebut, on solde simultanément le compte d’immobilisation et son compte d’amortissements cumulés.

Comment décomposer un bien en composants ?
Pour un immeuble : faire évaluer la part du terrain (non amortissable) puis ventiler la construction entre gros œuvre, toiture, second œuvre et équipements selon des fourchettes documentées (à défaut, un expert-comptable ou un évaluateur immobilier ventilera). Pour les autres actifs complexes : la documentation technique du fabricant donne souvent la durée des composants principaux.

Peut-on changer de durée d’amortissement en cours de route ?
Oui mais sous conditions. Si la durée d’usage prévisionnelle change durablement (par exemple : un véhicule prévu pour 5 ans qui restera finalement 3 ans), la durée d’amortissement doit être révisée et l’écart documenté. Le changement doit être justifié et mentionné en annexe des comptes annuels.

Existe-t-il un calculateur qui gère tous ces cas ?
Oui — le calculateur d’amortissement comptable d’Amortia couvre les méthodes linéaire, dégressif et dérogatoire, avec présélection par type d’actif (véhicule de tourisme avec plafond, logiciel, mobilier, etc.) et génère le tableau d’amortissement complet. Gratuit, sans inscription.

Pour aller plus loin

Pilier de référence : Amortissement comptable — guide complet | Durées d’amortissement par catégorie de bien

Articles par actif :

Cluster connexe : LMNP — décomposition par composants et avantage fiscal | Amortissement dérogatoire | Cession d’une immobilisation

Sources

  • Plan Comptable Général (PCG), articles 214-13 (définition) et 214-9 (approche par composants) — Légifrance.
  • Bulletin Officiel des Finances Publiques (BOFiP), série BIC-AMT (durées d’usage par catégorie) et BIC-CHG-20-20 (seuil de 500 € HT) — BOFiP-Impôts.
  • Code Général des Impôts, article 39-4 (plafond véhicule de tourisme) et article 238 bis AB (œuvres d’art mécénat) — Légifrance.

Cet article fournit une information pédagogique générale. Il ne se substitue pas à un conseil personnalisé d’un expert-comptable adapté à votre situation. Les plafonds véhicule, les durées d’usage et les régimes de suramortissement évoluent — vérifier la dernière version applicable à votre exercice.


Dernière mise à jour : 30 avril 2026.