Immobilisation financière : définition, exemples et comptabilisation

En bref

Une immobilisation financière est un actif financier détenu durablement par l’entreprise pour générer un revenu, exercer un contrôle ou une influence sur une autre entité, ou immobiliser des fonds (cautions, dépôts). Elle est inscrite aux comptes 26 (titres) ou 27 (autres immobilisations financières) du PCG. À la différence des immobilisations corporelles et incorporelles, elle ne s’amortit pas — elle fait éventuellement l’objet d’une dépréciation (compte 296/297) si la valeur descend durablement sous la valeur d’entrée.


Définition

Le PCG (article 221-1) définit les immobilisations financières comme des actifs financiers détenus durablement, à la différence des valeurs mobilières de placement (compte 50) qui sont détenues dans une optique de placement de trésorerie à court terme.

Le critère de distinction repose sur l’intention de l’entité au moment de l’acquisition :

  • Détention durable, contrôle, influence → immobilisations financières (compte 26 ou 27).
  • Placement de trésorerie, revente probable < 1 an → valeurs mobilières de placement (compte 50).

L’horizon de détention attendu doit être supérieur à 12 mois. Cette intention détermine le classement et le traitement comptable.

Les principales immobilisations financières

Le compte 26 regroupe les titres ; le compte 27 les autres immobilisations financières.

Compte 261 — Titres de participation

Titres dont la possession durable est utile à l’activité de l’entreprise — typiquement, prise de participation dans une filiale ou société liée. Le PCG retient une présomption : les titres représentant plus de 10 % du capital sont présumés titres de participation.

Exemples :
– Détention de 30 % du capital d’une filiale opérationnelle.
– Achat de titres dans une société partenaire commerciale stratégique.
– Holding détenant les titres de ses filles.

Compte 266 — Autres formes de participation

Investissements en titres de SCI immobilières (gestion patrimoniale), parts dans des fonds de capital-risque détenus durablement, participations minoritaires non stratégiques mais durables.

Compte 271 — Titres immobilisés autres que TIAP

Titres de placement long terme (obligations, actions) destinés à être conservés sans intention de prendre le contrôle.

Compte 272 — Titres immobilisés (droits de créance)

Obligations à long terme, titres participatifs, certificats d’investissement.

Compte 274 — Prêts

Prêts consentis par l’entreprise à des tiers (clients, salariés, partenaires) avec une durée résiduelle supérieure à un an. Pour la fraction à moins d’un an, reclassement en charge à payer ou créance courante.

Compte 275 — Dépôts et cautionnements versés

Versements faits à des tiers (bailleurs, fournisseurs d’énergie, organismes professionnels) qui seront restitués à l’issue d’un contrat. Le dépôt de garantie d’un bail commercial est l’exemple type.

Compte 276 — Autres créances immobilisées

Créances long terme diverses qui ne rentrent pas dans les comptes précédents (prêts assimilés, créances rattachées à des participations).

Comptabilisation à l’acquisition

Le coût d’entrée est le prix d’achat + frais accessoires directement attribuables (commissions, droits de mutation, honoraires).

Écriture type — acquisition de titres de participation

30/04/2026
261 — Titres de participation                    50 000,00
       512 — Banque                                     50 000,00
(Acquisition 100 % SARL filiale, 100 parts à 500 €)

Écriture type — dépôt de garantie sur bail commercial

01/06/2026
275 — Dépôts et cautionnements versés             5 000,00
       512 — Banque                                      5 000,00
(Dépôt de garantie bail commercial, 5 mois de loyer)

Écriture type — prêt à un salarié sur 3 ans

15/03/2026
274 — Prêts au personnel                          10 000,00
       512 — Banque                                     10 000,00
(Prêt aide au logement salarié X, remboursable en 36 mensualités)

Pas d’amortissement — mais dépréciation possible

Les immobilisations financières ne s’amortissent pas. Elles ne perdent pas de valeur par usage ou par le passage du temps comme une machine ou un véhicule.

En revanche, elles peuvent faire l’objet d’une dépréciation (compte 296/297 selon le compte d’origine) si leur valeur d’inventaire descend durablement sous leur valeur d’entrée.

Test de dépréciation

À chaque clôture, l’entreprise compare :

  • Valeur d’entrée = coût d’acquisition.
  • Valeur d’inventaire = ce qu’on récupérerait à cette date dans des conditions normales.

Pour les titres de participation, la valeur d’inventaire est généralement la quote-part de situation nette de la société détenue, ajustée si nécessaire (rentabilité, perspectives, comparables sectoriels).

Pour les prêts et créances, la valeur d’inventaire prend en compte le risque de non-recouvrement.

Si la valeur d’inventaire est durablement inférieure, on constate une dépréciation :

31/12/2026
6866 — Dotation aux dépréciations financières     8 000,00
       2961 — Dépréciation des titres de participation         8 000,00
(Test de dépréciation 2026 — situation nette filiale en baisse)

Voir Dépréciation comptable — règles et test annuel pour le détail du mécanisme.

Régime fiscal

Cession de titres de participation

Régime fiscal distinct du régime de droit commun. Pour les sociétés à l’IS, les plus-values long terme sur titres de participation détenus depuis plus de 2 ans sont exonérées d’IS sauf une quote-part de frais et charges de 12 % réintégrée au résultat imposable (art. 219-I-a quinquies du CGI). C’est le régime du « niches Copé ».

Cette niche fiscale rend les titres de participation particulièrement attractifs sur le long terme — c’est le pilier des structurations en holding.

Dividendes reçus

Pour les sociétés à l’IS détentrices d’une participation ≥ 5 % depuis au moins 2 ans, les dividendes reçus de la filiale bénéficient du régime mère-fille : exonération d’IS sauf 5 % de quote-part de frais et charges (art. 145 et 216 du CGI).

Dépréciation déductible

La dépréciation des titres de participation est comptabilisée mais non déductible fiscalement pour les sociétés à l’IS (régime cohérent avec l’exonération des plus-values long terme). Elle est en revanche déductible pour les autres immobilisations financières (prêts, dépôts).

Cas particuliers

Compte courant d’associé débiteur

Une avance de trésorerie consentie à un associé n’est pas une immobilisation financière — elle est qualifiée fiscalement de distribution (art. 111 du CGI) et imposable en revenus mobiliers chez l’associé.

Si l’avance est consentie par l’associé à la société (compte courant créditeur), elle figure au passif et n’a aucune incidence sur les immobilisations financières.

Caution donnée mais non décaissée

Une caution donnée à un tiers (par exemple caution bancaire de bonne fin) sans décaissement effectif ne s’enregistre pas au compte 275. Elle est mentionnée hors-bilan en engagement.

Titres de placement vs titres immobilisés

Distinction d’intention au moment de l’acquisition. Un transfert de classement (compte 50 → compte 271) est possible mais doit être documenté et justifié comptablement.

Prêt avec garantie sur immobilisation

Si le prêt est garanti par un nantissement sur immobilisation, le compte d’immobilisation prêtée n’est pas affecté tant que la garantie n’est pas appelée. En cas d’appel de la garantie, la créance contre le débiteur défaillant remplace l’immobilisation.

Sortie des immobilisations financières

À la cession ou au remboursement :

  • Sortie de l’immobilisation : compte 26x ou 27x au crédit pour la valeur d’entrée.
  • Encaissement : compte 512 au débit.
  • Plus ou moins-value : différence entre prix de cession et valeur d’entrée, comptabilisée au compte 7756/6756 pour la majorité des immobilisations financières (résultat exceptionnel).

Pour les titres de participation, voir le régime spécifique des plus-values long terme ci-dessus.

FAQ

Quelle différence entre VMP (compte 50) et titres immobilisés (compte 27) ?
L’intention de détention au moment de l’acquisition. VMP = placement de trésorerie à court terme (< 12 mois) ; titres immobilisés = détention durable (> 12 mois). Le classement détermine le traitement (capitaux propres traités, dépréciation, plus-values).

Le dépôt de garantie d’un bail s’amortit-il ?
Non. Il est remboursable à l’issue du bail, donc pas d’amortissement. Si le bailleur garde tout ou partie du dépôt à la sortie (pour réparations, impayés), la fraction non restituée constitue une charge.

Comment évaluer la valeur d’inventaire d’une participation non cotée ?
Trois méthodes courantes : (1) quote-part de situation nette comptable retraitée, (2) multiple d’EBE sectoriel, (3) valeur des flux futurs actualisés (DCF). La méthode retenue doit être documentée et défendable, surtout en cas de dépréciation à constater.

Une cryptomonnaie détenue durablement est-elle une immobilisation financière ?
Position de l’ANC (avis 2018-07) : non — c’est une immobilisation incorporelle (compte 208 ou 207 selon l’usage) dans la majorité des cas, pas financière. Le caractère financier supposerait un titre représentatif d’un droit, ce que n’est pas une cryptomonnaie au sens juridique français actuel.

Le compte courant d’associé est-il une immobilisation ?
Cela dépend du sens. Un compte courant débiteur (la société a avancé des fonds à l’associé) figure au compte 451 — ce n’est pas une immobilisation, c’est requalifié fiscalement en distribution. Un compte courant créditeur (l’associé a avancé à la société) figure au passif (compte 455) et n’est pas non plus une immobilisation.

Faut-il faire un test de dépréciation chaque année ?
Oui — pour les titres notamment. Le PCG impose la prudence : à chaque clôture, comparer valeur d’entrée et valeur d’inventaire. Pour les prêts et dépôts, le test n’est requis qu’en présence d’un indice de risque de non-recouvrement.

Pour aller plus loin

Page parente : Amortissement comptable — guide complet

Articles connexes :

Sources

  • Plan Comptable Général (PCG), articles 221-1 (définition), 332-3 (titres de participation), 332-9 (dépréciation des titres) — Légifrance.
  • Code Général des Impôts, articles 145 et 216 (régime mère-fille), 219-I-a quinquies (plus-values long terme), 39-1-5° (dépréciations) — Légifrance.
  • Bulletin Officiel des Finances Publiques (BOFiP), série BIC-PVMV-30 (plus-values sur titres) — BOFiP-Impôts.

Cet article fournit une information pédagogique générale. Il ne se substitue pas à un conseil personnalisé d’un expert-comptable adapté à votre situation. Le classement entre VMP et titres immobilisés et l’évaluation des participations méritent une analyse au cas par cas.


Dernière mise à jour : 30 avril 2026.