En bref
L’amortissement dégressif est une méthode fiscale optionnelle qui permet d’accélérer la déduction d’une immobilisation les premières années. Le principe : appliquer un coefficient (1,25 / 1,75 / 2,25 selon la durée) au taux linéaire pour obtenir le taux dégressif, puis l’appliquer chaque année à la valeur résiduelle (et non au prix d’origine). Le passage au linéaire se fait automatiquement quand l’annuité linéaire calculée sur la durée restante devient supérieure à l’annuité dégressive. Réservé à certains biens (matériel industriel, informatique, véhicules utilitaires) et exclu pour d’autres (immeubles, voitures particulières, mobilier).
Le principe — accélérer la déduction fiscale
L’amortissement dégressif est défini par l’article 39 A du CGI. C’est une option fiscale : l’entreprise choisit librement, à l’acquisition d’un bien éligible, entre l’amortissement linéaire (de droit commun) et l’amortissement dégressif. Le choix est définitif sur la durée du bien.
L’intérêt principal : déduire plus de charges les premières années et donc différer l’impôt. Sur la durée totale, le total des amortissements est le même qu’en linéaire (la base amortissable est identique), mais le rythme est différent.
L’option dégressive est donc particulièrement intéressante :
- En début d’exploitation d’un bien neuf coûteux (réduction immédiate du résultat fiscal).
- Pour les entreprises bénéficiaires soumises à l’IS (économies d’IS reportées).
- Pour optimiser un stock d’amortissement dérogatoire (compte 145), constaté en différentiel comptable / fiscal.
Les biens éligibles au dégressif
Le dégressif n’est pas accessible à tout actif. L’art. 39 A du CGI et le décret d’application listent les catégories éligibles :
Biens éligibles
- Matériels et outillages industriels utilisés à des opérations industrielles de fabrication, transformation ou transport.
- Matériel informatique : ordinateurs, serveurs, périphériques techniques.
- Matériel de bureau : à condition d’être utilisé à des fins industrielles ou commerciales et d’avoir une durée d’usage ≥ 3 ans (limitation pratique).
- Véhicules utilitaires (catégorie N1, type CTTE/CAM) : pas les voitures particulières.
- Installations productrices d’énergie : photovoltaïque, éolien (composants techniques uniquement).
- Bâtiments industriels légers (durée d’usage ≤ 15 ans, hôtellerie sous conditions).
Biens exclus
- Voitures particulières (catégorie M1) : amortissement linéaire obligatoire, plafonné par l’art. 39-4 du CGI.
- Immeubles d’habitation et bureaux : linéaire obligatoire.
- Mobilier de bureau classique : linéaire obligatoire (sauf si à usage industriel).
- Logiciels : un régime spécifique d’amortissement sur 12 mois est possible, mais pas le dégressif au sens de l’art. 39 A.
- Immobilisations incorporelles en règle générale (sauf logiciels via le régime des 12 mois).
Le coefficient dégressif
Le coefficient dépend de la durée d’amortissement prévue :
| Durée d’usage | Coefficient | Taux linéaire | Taux dégressif |
|---|---|---|---|
| 3 ou 4 ans | 1,25 | 33,33 % ou 25 % | 41,67 % ou 31,25 % |
| 5 ou 6 ans | 1,75 | 20 % ou 16,67 % | 35 % ou 29,17 % |
| > 6 ans | 2,25 | ≤ 14,29 % | ≤ 32,14 % |
Le taux dégressif = taux linéaire × coefficient.
Exemple : durée 5 ans → taux linéaire 20 % × 1,75 = taux dégressif 35 %.
Le mécanisme de calcul
Le dégressif s’applique chaque année à la valeur résiduelle (et non au prix d’origine), jusqu’au point de bascule où le linéaire reprend la main.
Étape 1 — Annuité de la 1re année
Annuité = prix d’acquisition × taux dégressif.
Prorata temporis si l’acquisition n’est pas en début d’exercice : calcul mensuel arrondi au mois supérieur (à la différence du linéaire qui se calcule en jours).
Étape 2 — Annuités suivantes
Annuité = valeur résiduelle (VNC) × taux dégressif.
La VNC = prix d’origine − amortissements cumulés.
Étape 3 — Bascule en linéaire
Chaque année, on compare :
- Annuité dégressive = VNC × taux dégressif.
- Annuité linéaire sur durée résiduelle = VNC ÷ années restantes.
Quand l’annuité linéaire devient supérieure, on bascule définitivement en linéaire pour le reste de la durée.
Exemple chiffré complet
Une PME industrielle achète au 1er janvier 2026 une machine-outil pour 60 000 € HT. Durée d’usage : 5 ans. Coefficient dégressif : 1,75. Taux dégressif : 20 % × 1,75 = 35 %.
Tableau d’amortissement
| Année | Base | Taux | Annuité dégressive | Annuité linéaire (résiduelle) | Méthode appliquée | Annuité retenue | VNC fin |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 2026 | 60 000 | 35 % | 21 000 | 60 000 / 5 = 12 000 | dégressif | 21 000 | 39 000 |
| 2027 | 39 000 | 35 % | 13 650 | 39 000 / 4 = 9 750 | dégressif | 13 650 | 25 350 |
| 2028 | 25 350 | 35 % | 8 873 | 25 350 / 3 = 8 450 | dégressif | 8 873 | 16 477 |
| 2029 | 16 477 | 35 % | 5 767 | 16 477 / 2 = 8 239 | bascule linéaire | 8 239 | 8 239 |
| 2030 | 16 477 | — | — | 8 239 (linéaire imposé) | linéaire | 8 239 | 0 |
Total amortissements : 21 000 + 13 650 + 8 873 + 8 239 + 8 239 = 60 000 € ✓
Sur 5 ans, le total est identique au linéaire pur (60 000 €). Mais en 2026, l’amortissement dégressif (21 000 €) est 75 % plus élevé que l’amortissement linéaire (12 000 €) — soit une économie d’IS différée de 9 000 € × 25 % = 2 250 € d’impôt déplacé sur l’avenir.
Écritures
Dotation 2026 :
31/12/2026
6811 — Dotation aux amortissements 12 000,00
6872 — Dotation aux amortissements dérogatoires 9 000,00
2815 — Amortissements installations techniques 12 000,00
145 — Amortissements dérogatoires 9 000,00
(Dotation 2026 — linéaire 12 000 + dérogatoire 9 000 = dégressif fiscal 21 000)
L’écart entre amortissement comptable (linéaire) et amortissement fiscal (dégressif) est porté en amortissement dérogatoire (compte 145). Voir Amortissement dérogatoire.
Cas du prorata temporis
Pour le dégressif, le prorata est calculé par mois et arrondi au mois supérieur.
Exemple : machine acquise le 15 mars 2026, durée 5 ans, taux dégressif 35 %.
Mois d’amortissement 2026 : du 15 mars (mois 3) au 31 décembre = 10 mois (arrondi).
Annuité 2026 = 60 000 × 35 % × 10/12 = 17 500 €.
À comparer avec le linéaire qui se calcule en jours (15/3 → 31/12 = 290 jours / 365 = 0,795).
Avantages, inconvénients, alternatives
Avantages du dégressif
- Économie d’impôt immédiate la première année.
- Décalage de la trésorerie fiscale en faveur de l’entreprise.
- Constitution d’un stock d’amortissement dérogatoire (compte 145), réversible à la cession.
Inconvénients du dégressif
- Complexité comptable (gestion du dérogatoire, de la bascule, de la VNC chaque année).
- Annuités décroissantes sur les exercices suivants — peut peser si la rentabilité du bien augmente avec le temps.
- Pas applicable à tous les biens — exclusion des voitures particulières et de l’immobilier de bureaux.
Alternative — le suramortissement
Pour certains investissements stratégiques (transition écologique, robotique, numérique), le législateur a parfois ouvert un suramortissement : déduction supplémentaire de 40 % à 60 % de la valeur du bien, en plus de l’amortissement classique. Mécanisme proche de l’amortissement dérogatoire, à surveiller chaque année dans la loi de finances.
FAQ
Le dégressif est-il obligatoire ou optionnel ?
Optionnel. L’entreprise choisit à l’acquisition entre linéaire et dégressif (si le bien est éligible). Le choix est définitif pour ce bien. Si on n’opte pas pour le dégressif, on amortit en linéaire.
Peut-on changer de méthode en cours de vie du bien ?
Non. Le choix est figé à l’origine. Seul le passage automatique au linéaire au bon moment de la bascule modifie le rythme — mais ce n’est pas un changement de méthode au sens strict, c’est l’aboutissement mécanique du dégressif.
Le dégressif est-il accessible aux entreprises soumises à l’IR ?
Oui. Toutes les entreprises soumises à un régime réel d’imposition (IS, IR-BIC, BA réel) peuvent opter pour le dégressif sur les biens éligibles. Seul le régime micro-BIC ou micro-BA exclut le dégressif (la base est forfaitaire).
Que se passe-t-il à la cession d’un bien amorti en dégressif ?
La VNC à la date de cession est calculée sur la base des amortissements dégressifs cumulés (pas le linéaire pur). Le solde d’amortissement dérogatoire (compte 145) lié à ce bien est repris immédiatement au compte 7872 lors de la sortie. Voir Amortissement dérogatoire.
Le dégressif fonctionne-t-il sur les biens d’occasion ?
Non, en règle générale. Le dégressif est réservé aux biens neufs. Exception ponctuelle : certains biens d’occasion peuvent y être éligibles si la loi le prévoit (rare, à vérifier au BOFiP).
Existe-t-il un calculateur d’amortissement dégressif ?
Oui — le calculateur d’amortissement comptable d’Amortia propose un mode « dégressif » qui calcule automatiquement le tableau année par année avec la bascule au linéaire et le différentiel d’amortissement dérogatoire à comptabiliser. Gratuit, sans inscription.
Quel est le différentiel d’IS gagné en optant pour le dégressif sur 100 000 € ?
Pour un bien de 100 000 € amorti sur 5 ans à l’IS 25 %, l’avantage cumulé en valeur actualisée (taux 4 %) est de l’ordre de 2 500 à 3 500 € selon le rythme retenu. C’est une trésorerie déplacée, pas une économie nette définitive — l’avantage est financier, pas fiscal au sens strict.
Pour aller plus loin
Page parente : Amortissement comptable — guide complet
Articles connexes :
- Amortissement linéaire — méthode de droit commun
- Amortissement dérogatoire — mécanisme et compte 145
- Amortissement par type d’actif — tableau de référence
- Durées d’amortissement par catégorie — tableau navigable
- Amortissement du matériel informatique — dégressif possible
Outil : Calculateur d’amortissement dégressif
Sources
- Code Général des Impôts, article 39 A (amortissement dégressif), article 39 B (passage au linéaire) — Légifrance.
- Annexe II au CGI, articles 22 à 25 (modalités d’application du dégressif) — Légifrance.
- Bulletin Officiel des Finances Publiques (BOFiP), série BIC-AMT-20-20 (amortissement dégressif) — BOFiP-Impôts.
- Plan Comptable Général (PCG), article 214-13 (cohérence amortissement comptable / dérogatoire) — Légifrance.
Cet article fournit une information pédagogique générale. Il ne se substitue pas à un conseil personnalisé d’un expert-comptable adapté à votre situation. L’éligibilité au dégressif et le choix de la durée d’usage méritent une analyse au cas par cas.
Dernière mise à jour : 30 avril 2026.