Amortissement linéaire : principe, calcul et écritures

En bref

L’amortissement linéaire est la méthode de droit commun pour répartir le coût d’une immobilisation sur sa durée d’utilisation. Le principe : annuité constante chaque année = base amortissable ÷ durée. C’est la méthode comptable par défaut (PCG art. 214-13) et la méthode fiscale par défaut quand le dégressif n’est pas applicable. La première et la dernière année se calculent au prorata temporis (au jour près) si l’acquisition ou la cession ne tombe pas en début ou fin d’exercice.


Le principe — répartition uniforme du coût

L’amortissement linéaire repose sur une logique simple : un bien dont la durée d’utilisation est de N années perd en théorie 1/N de sa valeur chaque année. Donc l’annuité d’amortissement est constante.

Cette méthode est imposée comptablement par le PCG sauf cas où une autre méthode reflète mieux la consommation des avantages économiques (rare en pratique). Le linéaire reste le standard absolu :

  • Tous les immeubles s’amortissent en linéaire (pas de dégressif possible).
  • Tous les biens incorporels s’amortissent en linéaire (sauf logiciels avec régime spécial).
  • Tous les véhicules de tourisme, le mobilier, certains équipements sont en linéaire obligatoire.
  • Le dégressif est une option fiscale réservée à certaines catégories (matériel industriel, informatique, utilitaires) — sur option de l’entreprise.

La formule de calcul

Annuité standard (année complète)

Annuité = Base amortissable × Taux linéaire = Base ÷ Durée.

Avec :
Base amortissable = coût d’acquisition (HT pour entreprise assujettie à TVA) − valeur résiduelle estimée. La valeur résiduelle est en pratique souvent nulle ou négligeable, donc base = coût d’acquisition.
Taux linéaire = 1 ÷ durée d’utilisation. Pour 5 ans : 1/5 = 20 %. Pour 4 ans : 25 %. Pour 10 ans : 10 %.
Durée = durée d’utilisation prévisible, généralement alignée sur les durées d’usage admises par le BOFiP.

Prorata temporis (année incomplète)

Pour l’année d’acquisition et l’année de cession, le calcul se fait au jour près :

Annuité prorata = Annuité pleine × (Nombre de jours d’utilisation ÷ 360 ou 365).

L’usage majoritaire en France retient 360 jours par an (mois de 30 jours) pour l’amortissement comptable, mais 365 reste admis et plus courant en informatique de gestion.

Le calcul démarre à la date de mise en service (et non à la date d’acquisition si différente).

Exemple chiffré complet

Une PME acquiert au 15 avril 2026 un équipement de production pour 24 000 € HT. Durée d’utilisation : 6 ans. Mise en service : 15 avril 2026.

Plan d’amortissement

Annuité pleine = 24 000 ÷ 6 = 4 000 €/an.

Année 2026 : prorata du 15/4 au 31/12 = 8 mois et 16 jours = 256 jours sur 360 jours = 71,11 %.

Année Période Annuité VNC fin
2026 15/4 → 31/12 (256 j) 2 844 21 156
2027 année pleine 4 000 17 156
2028 année pleine 4 000 13 156
2029 année pleine 4 000 9 156
2030 année pleine 4 000 5 156
2031 année pleine 4 000 1 156
2032 1/1 → 14/4 (104 j) 1 156 0
Total 24 000

Sur 7 années calendaires, on amortit l’équivalent de 6 années pleines.

Écritures comptables

À l’acquisition :

15/04/2026
2154 — Matériel industriel                   24 000,00
44562 — TVA déductible immobilisations         4 800,00
       404 — Fournisseurs d'immobilisations          28 800,00
(Acquisition équipement de production, facture XXX)

Dotation 2026 (clôture) :

31/12/2026
6811 — Dotation aux amortissements           2 844,00
       28154 — Amortissements matériel industriel        2 844,00
(Dotation linéaire 2026, prorata 256 jours)

Dotations 2027 à 2031 (annuelles complètes) :

31/12/AAAA
6811 — Dotation aux amortissements           4 000,00
       28154 — Amortissements matériel industriel        4 000,00

Dotation 2032 (dernière, prorata) :

31/12/2032
6811 — Dotation aux amortissements           1 156,00
       28154 — Amortissements matériel industriel        1 156,00

Comment choisir la durée

Le PCG (art. 214-3) définit la durée d’amortissement comme la durée d’utilisation prévisible du bien. En pratique, deux références :

Durées d’usage du BOFiP

Pour les PME, l’administration tolère l’utilisation des durées d’usage courantes par catégorie (BIC-AMT-10-40-30). Liste indicative :

Bien Durée d’usage
Logiciel acquis 1 à 3 ans
Matériel informatique 3 à 5 ans
Matériel industriel léger 6 à 10 ans
Matériel industriel lourd 10 à 20 ans
Mobilier de bureau 10 ans
Véhicule de tourisme 4 à 5 ans
Véhicule utilitaire 4 à 8 ans
Agencements 10 à 15 ans
Bâtiment industriel 20 à 50 ans
Bâtiment de bureaux 25 à 50 ans
Brevet 5 à 20 ans

Durée d’utilisation propre

Les moyennes et grandes entreprises doivent retenir leur durée d’utilisation propre (souvent plus longue que la durée d’usage). En cas d’écart, l’amortissement comptable se fait sur la durée d’utilisation propre, et l’écart avec la durée d’usage fiscale peut être traité en amortissement dérogatoire (compte 145).

Voir Durées d’amortissement par catégorie de bien pour le détail.

Le linéaire vs le dégressif

Critère Linéaire Dégressif
Statut Méthode de droit commun Option fiscale
Annuité Constante Décroissante
Biens Tout actif amortissable Liste limitative (art. 39 A)
Calcul prorata Au jour près Par mois entier (arrondi sup)
Complexité Simple Bascule, dérogatoire
Effet trésorerie Linéaire Accélère les premières années

Le linéaire reste majoritairement utilisé en France pour deux raisons : il s’applique partout, il est simple à gérer comptablement. Le dégressif est réservé à des arbitrages d’optimisation ponctuelle.

Cas particuliers

Année de cession

L’année de la sortie de l’actif (vente, mise au rebut, destruction), on calcule un dernier amortissement au prorata temporis entre le 1er janvier et la date de sortie. La VNC à la date de sortie sert ensuite à calculer la plus-value ou la moins-value de cession. Voir Cession d’une immobilisation.

Mise en service différée

Si l’acquisition et la mise en service ne sont pas concomitantes (équipement à installer, bâtiment à équiper), l’amortissement démarre à la date de mise en service effective. Entre les deux dates, le bien est inscrit en immobilisations en cours (compte 23X) et ne génère pas d’amortissement.

Composants de durées différentes

Si un bien comprend plusieurs composants à durées différentes (immeuble, centrale photovoltaïque), on amortit chaque composant en linéaire sur sa durée propre. Voir Approche par composants.

Révision du plan d’amortissement

Le plan d’amortissement initial peut être révisé en cours de vie si la durée résiduelle change (changement d’usage, accélération de l’obsolescence, dépréciation constatée). La VNC est alors étalée sur la nouvelle durée résiduelle estimée. La modification doit être documentée et justifiée — pas de révision discrétionnaire pour minorer le résultat.

Bien entièrement amorti mais toujours utilisé

Quand un bien arrive à VNC nulle mais reste en service, il reste au bilan (compte 2x au débit, compte 28x au crédit, montants identiques) jusqu’à sa sortie effective. Aucune dotation supplémentaire n’est passée. Si la durée d’utilisation se révèle plus longue que prévue, l’amortissement n’est jamais récupéré — c’est un gain comptable et fiscal antérieur consolidé.

FAQ

Faut-il toujours appliquer un prorata temporis ?
Oui, dès que l’année d’acquisition ou de cession est incomplète. Le calcul se fait par défaut au jour près (en 360 ou 365 jours selon le logiciel comptable). C’est différent du dégressif qui calcule par mois arrondi au mois supérieur.

Comment calculer le taux linéaire ?
Taux = 100 % ÷ durée en années. Durée 5 ans → 20 %. Durée 8 ans → 12,5 %. Durée 10 ans → 10 %. Durée 20 ans → 5 %.

Le linéaire est-il toujours déductible fiscalement ?
Oui dès que la durée retenue correspond à une durée d’utilisation raisonnable (pas inférieure à la durée d’usage admise par le BOFiP, sinon réintégration de l’amortissement excédentaire). Pour les véhicules de tourisme, plafonnement spécifique de l’art. 39-4 du CGI.

Peut-on amortir un bien acheté d’occasion ?
Oui. La base amortissable = prix d’acquisition de l’occasion. La durée d’amortissement = durée d’utilisation prévisible résiduelle (souvent plus courte que la durée d’usage standard pour un bien neuf). Le dégressif est en revanche normalement exclu pour les biens d’occasion.

Comment gérer un investissement progressif (acquisition + travaux d’installation) ?
On comptabilise les acomptes et travaux en immobilisations en cours (compte 23X) jusqu’à la mise en service. À la mise en service, on bascule l’ensemble au compte d’immobilisation final (compte 21X). L’amortissement commence à cette date sur la base totale (acompte + travaux + frais).

Faut-il enregistrer une dotation à zéro pour un bien inutilisé ?
Non — si le bien est durablement inutilisé, on continue de passer la dotation comme prévu au plan d’amortissement (le PCG ne prévoit pas d’arrêt). Si l’inutilisation est durable au point de constater une perte de valeur, on constate une dépréciation (compte 681X / 29X). Voir Dépréciation comptable.

Existe-t-il un calculateur d’amortissement linéaire ?
Oui — le calculateur d’amortissement comptable d’Amortia propose un mode linéaire qui génère automatiquement le tableau d’amortissement avec prorata temporis, ligne par ligne, exportable en PDF ou XLSX. Gratuit, sans inscription.

Pour aller plus loin

Page parente : Amortissement comptable — guide complet

Articles connexes :

Outil : Calculateur d’amortissement linéaire

Sources

  • Plan Comptable Général (PCG), article 214-13 (mode d’amortissement reflétant la consommation), article 214-3 (durée d’utilisation) — Légifrance.
  • Code Général des Impôts, articles 39-1-2° (amortissements admis en déduction), 39-4 (plafonnement véhicules) — Légifrance.
  • Bulletin Officiel des Finances Publiques (BOFiP), série BIC-AMT-10 (généralités) et BIC-AMT-10-40-30 (durées d’usage) — BOFiP-Impôts.

Cet article fournit une information pédagogique générale. Il ne se substitue pas à un conseil personnalisé d’un expert-comptable adapté à votre situation. Le choix de la durée et le calcul du prorata doivent être documentés et défendables.


Dernière mise à jour : 30 avril 2026.