En bref
La dépréciation est la constatation comptable d’une perte de valeur durable d’un actif, qui n’avait pas été anticipée par le plan d’amortissement initial. Elle se distingue de l’amortissement par sa nature ponctuelle (vs planifiée), sa réversibilité (la dépréciation peut être reprise si la valeur remonte) et son caractère imprévu. Elle se constate via le compte 681X (dotation) et 29X (provision), et concerne particulièrement les actifs incorporels non amortissables (fonds de commerce, marques, titres de participation), les terrains, les stocks et les créances douteuses.
Amortissement et dépréciation — deux mécanismes distincts
L’amortissement répartit le coût d’une immobilisation sur sa durée d’utilisation prévisible. C’est un mécanisme planifié dès l’origine : la dotation annuelle est connue, son montant est régulier, sa durée est définie.
La dépréciation constate une perte de valeur ponctuelle, imprévue et non planifiée. Elle intervient quand un événement diminue durablement la valeur du bien sous sa valeur comptable. Trois différences clés :
| Critère | Amortissement | Dépréciation |
|---|---|---|
| Nature | Planifiée, régulière | Ponctuelle, imprévue |
| Réversibilité | Non (sauf changement de durée) | Oui (reprise si valeur remonte) |
| Bien concerné | Tout bien à durée d’usage limitée | Tout bien (amortissable ou non) |
| Compte de provision | 28X (amortissements cumulés) | 29X (dépréciations) |
| Compte de dotation | 6811 | 6816 |
| Compte de reprise | (rarement utilisé) | 7816 |
Les deux mécanismes peuvent coexister sur un même bien. Un véhicule amorti normalement peut faire l’objet d’une dépréciation supplémentaire si un sinistre durable diminue sa valeur (rayures profondes, mauvais entretien chronique, accident sans réparation complète).
Le test annuel de dépréciation
Le PCG (article 214-15) impose à toutes les entreprises de réaliser un test de dépréciation annuel sur les immobilisations incorporelles à durée d’utilisation indéterminée (fonds de commerce, marques, certains droits incorporels).
Ce test se déroule en deux étapes :
1. Identifier les indices de perte de valeur. Le PCG énumère plusieurs indices typiques :
– Baisse durable du chiffre d’affaires lié à l’actif.
– Perte d’un client significatif.
– Détérioration significative de l’environnement économique du secteur.
– Augmentation des taux d’intérêt qui pèsent sur la rentabilité.
– Indices physiques : dégradation, pollution, obsolescence.
2. Si un indice est identifié, comparer la valeur comptable à la valeur actuelle. La valeur actuelle est la plus élevée entre :
– La valeur vénale (prix qu’un acquéreur paierait dans des conditions normales).
– La valeur d’usage (valeur des flux futurs attendus de l’actif).
Si la valeur actuelle descend en dessous de la valeur comptable, on constate une dépréciation pour la différence.
Exemple chiffré — fonds de commerce
Une PME a acquis un fonds de commerce pour 120 000 € en 2020. À la clôture 2026, elle constate :
– Une baisse durable du chiffre d’affaires (− 25 % sur 2 ans).
– La perte d’un client majeur représentant 30 % de l’activité.
Le test de dépréciation s’impose. L’expert-comptable estime la valeur d’usage du fonds à 80 000 € (sur la base des flux futurs attendus).
- Valeur comptable au 31/12/2026 : 120 000 € (le fonds n’est pas amorti).
- Valeur actuelle estimée : 80 000 €.
- Dépréciation à constater : 120 000 − 80 000 = 40 000 €.
Écritures comptables
Constatation de la dépréciation :
31/12/2026
6816 — Dotation aux dépréciations immobilisations incorporelles 40 000,00
2907 — Dépréciation du fonds commercial 40 000,00
(Test de dépréciation 2026 — fonds de commerce)
Le compte 2907 est un compte d’actif soustractif : il vient diminuer la valeur du fonds au bilan, sans toucher au compte 207 (qui reste à 120 000 €). La valeur nette comptable affichée au bilan devient 80 000 €.
Si la valeur remonte les années suivantes (par exemple à 100 000 € en 2028), on constate une reprise de la dépréciation pour 20 000 € :
31/12/2028
2907 — Dépréciation du fonds commercial 20 000,00
7816 — Reprise sur dépréciations immobilisations incorporelles 20 000,00
(Reprise partielle dépréciation 2028 — fonds de commerce)
Cas typiques d’application
Immobilisations corporelles dépréciables
Tout actif corporel peut faire l’objet d’une dépréciation : véhicule accidenté, machine devenue obsolète plus vite que prévu, immeuble dans une zone en déclin économique. La dépréciation s’ajoute à l’amortissement normal sans le remplacer.
Terrain pollué
Un terrain non amortissable peut perdre durablement de la valeur en cas de pollution avérée. La dépréciation est constatée au compte 2911 — Dépréciations des terrains en contrepartie du 6816.
Fonds de commerce, marques, droits incorporels
Pour ces actifs non amortissables (en principe), la dépréciation est le seul mécanisme de constatation comptable d’une perte de valeur. Le test annuel est obligatoire.
Titres de participation
Les immobilisations financières (titres de filiales, participations) peuvent faire l’objet d’une dépréciation quand la situation nette de la filiale détenue se détériore durablement. Compte 2961 — Dépréciation des titres de participation.
Stocks
Les stocks ne sont pas amortis mais peuvent être dépréciés (compte 39X) en cas de mévente, péremption, démodage. Le test est annuel.
Créances douteuses
Les créances clients à recouvrement compromis font l’objet d’une dépréciation à hauteur du risque estimé (compte 491). C’est la même mécanique que pour les immobilisations.
Régime fiscal de la dépréciation
La dépréciation est fiscalement déductible dès lors qu’elle est :
- Justifiée par des indices objectifs et documentés.
- Précisément chiffrée (pas une provision forfaitaire).
- Constatée dans les comptes annuels (et reprise sur l’imprimé 2058A pour les sociétés à l’IS).
La reprise est symétriquement imposable au moment où la valeur remonte. C’est ce qui distingue la dépréciation de la moins-value de cession : la dépréciation peut être reprise, la moins-value de cession est définitive.
Distinction avec la moins-value latente
Une moins-value latente (la valeur de marché estimée descend sous la valeur comptable) n’est pas automatiquement constatée en dépréciation. Trois conditions cumulatives :
- La perte de valeur est durable (pas un creux temporaire).
- Elle est identifiable et chiffrable (pas une intuition).
- Elle dépasse un seuil de matérialité (pas pour des écarts mineurs).
Si l’une des trois conditions n’est pas remplie, la moins-value latente reste latente — pas d’écriture, pas de constat fiscal.
FAQ
Faut-il toujours faire un test de dépréciation annuel sur tous les actifs ?
Non. Le test annuel obligatoire concerne uniquement les immobilisations incorporelles à durée d’utilisation indéterminée (fonds de commerce, marques, etc.) — article 214-15 PCG. Pour les autres actifs, le test n’est obligatoire que si un indice de perte de valeur est identifié.
Quelle est la différence entre dépréciation et moins-value de cession ?
La dépréciation est constatée pendant la détention d’un actif et est réversible. La moins-value de cession est constatée à la sortie de l’actif et est définitive. Si un actif déprécié est ensuite vendu, la dépréciation cumulée a déjà diminué sa VNC — la moins-value de cession se calcule sur cette VNC déjà ajustée.
Une dépréciation cumulée peut-elle dépasser la valeur d’origine ?
Non. La dépréciation peut au plus ramener la VNC à zéro. En cas de pollution majeure d’un terrain, par exemple, on dépréciera jusqu’à zéro et on documentera l’éventuelle moins-value latente résiduelle dans l’annexe sans l’enregistrer en compte.
Comment estimer la valeur actuelle d’un fonds de commerce ?
Trois méthodes courantes : (1) multiple de chiffre d’affaires (40 à 100 % du CA selon le secteur), (2) multiple d’EBE (3 à 5 ans), (3) valeur des flux futurs actualisés (DCF). La méthode retenue doit être documentée et défendable.
La dépréciation est-elle obligatoire ou facultative ?
Obligatoire si les conditions sont réunies (indice durable, chiffrable, matériel). Le PCG impose la prudence : ne pas constater une dépréciation justifiée serait une non-conformité. Inversement, constater une dépréciation injustifiée pour minorer le résultat fiscal serait un abus.
Que se passe-t-il pour les amortissements après une dépréciation ?
Le plan d’amortissement initial est révisé sur la base de la nouvelle valeur nette comptable et de la durée d’usage restante. Les annuités futures sont recalculées en conséquence — diminution mécanique de la dotation annuelle.
Existe-t-il un calculateur de dépréciation ?
Pas spécifiquement — la dépréciation est trop dépendante du contexte (nature de l’actif, méthode d’évaluation retenue). En revanche, le calculateur d’amortissement comptable d’Amortia prend en compte une éventuelle dépréciation préalable pour recalculer le plan d’amortissement résiduel.
Pour aller plus loin
Page parente : Amortissement comptable — guide complet
Articles connexes :
- Amortissement par type d’actif — tableau de référence
- Amortissement du fonds de commerce — règle et exception PME
- Amortissement et terrain — pourquoi le sol n’est pas amortissable
- Cession d’une immobilisation — VNC et plus-value
- Immobilisations incorporelles — définition et exemples
Sources
- Plan Comptable Général (PCG), articles 214-15 (test de dépréciation), 322-1 (indices de perte de valeur) — Légifrance.
- Bulletin Officiel des Finances Publiques (BOFiP), série BIC-PROV-30 (provisions et dépréciations) — BOFiP-Impôts.
- Code Général des Impôts, article 39-1-5° (dépréciations déductibles) — Légifrance.
Cet article fournit une information pédagogique générale. Il ne se substitue pas à un conseil personnalisé d’un expert-comptable adapté à votre situation. L’évaluation d’une dépréciation demande une appréciation au cas par cas et la documentation des hypothèses retenues — à conduire avec votre comptable.
Dernière mise à jour : 30 avril 2026.