En bref
Un logiciel acquis en licence perpétuelle est une immobilisation incorporelle, à amortir en linéaire sur 1 à 3 ans selon sa durée d’usage technique. Il peut, sous conditions, bénéficier de l’amortissement dégressif s’il est neuf. À l’inverse, un logiciel SaaS (abonnement) n’est pas une immobilisation : c’est une charge récurrente comptabilisée au compte 6181 ou 6228, sans amortissement. Le logiciel développé en interne peut être immobilisé, mais sous conditions strictes prévues par le PCG.
Trois cas, trois traitements comptables
La question « comment amortir un logiciel » n’a pas une seule réponse. Le traitement dépend de la nature juridique de ce qui est acquis et de la manière dont il est acquis.
| Cas | Traitement | Compte |
|---|---|---|
| Licence perpétuelle achetée | Immobilisation amortie | 205 |
| Abonnement SaaS / cloud | Charge | 6181 ou 6228 |
| Logiciel développé en interne | Immobilisation sous conditions | 232 puis 205 |
Cette distinction est devenue centrale depuis la généralisation des modèles cloud. Une PME qui équipe ses salariés d’une suite bureautique en 2026 paie probablement un abonnement annuel — donc une charge, pas une immobilisation. La même PME qui achète un logiciel métier spécialisé en licence perpétuelle (rare aujourd’hui mais pas inexistant) entre dans la logique d’amortissement.
Cas n°1 — Logiciel acquis en licence perpétuelle
Comptabilisation à l’achat
Le logiciel acquis est comptabilisé en immobilisation incorporelle, au compte 205 — Concessions et droits similaires, brevets, licences, marques, procédés, logiciels, droits et valeurs similaires.
La TVA est récupérable sur l’acquisition d’un logiciel (contrairement aux véhicules de tourisme), donc la base d’amortissement est le prix d’achat HT.
05/05/2026
205 — Logiciels 4 800,00
44562 — TVA déductible immobilisations 960,00
404 — Fournisseurs d'immobilisations 5 760,00
(Acquisition logiciel [nom] facture n° XXX)
Durée d’amortissement
La durée admise par le BOFiP (BIC-AMT-10-40-30) pour un logiciel est de 12 mois minimum, 36 mois en pratique courante. La durée s’apprécie au regard de l’obsolescence technique prévisible et non de la durée de vie maximale théorique du logiciel. Pour la majorité des logiciels métiers, 3 ans est la pratique la plus défendable.
Méthode
L’amortissement linéaire s’applique par défaut. L’amortissement dégressif est possible uniquement si le logiciel est acquis neuf et entre dans le champ de l’article 39 A du CGI — c’est-à-dire principalement les logiciels système et les logiciels d’exploitation. Pour un logiciel applicatif standard, le dégressif est rarement praticable. Le coefficient applicable, si éligibilité, est de 1,25 (durée d’usage 3-4 ans).
Exemple chiffré
Logiciel de gestion comptable acquis le 1er janvier 2026 pour 4 800 € HT, amorti en linéaire sur 3 ans.
| Exercice | Annuité | VNC fin d’exercice |
|---|---|---|
| 2026 | 1 600 | 3 200 |
| 2027 | 1 600 | 1 600 |
| 2028 | 1 600 | 0 |
Annuité au prorata temporis si la mise en service intervient en cours d’exercice (règle commune à toutes les immobilisations, article 322-4 du PCG).
Écriture de dotation
31/12/2026
6811 — Dotation amortissements immobilisations incorporelles 1 600,00
2805 — Amortissements des logiciels 1 600,00
(Amortissement logiciel [nom] — annuité 2026)
Cas n°2 — Logiciel SaaS (abonnement)
C’est devenu la situation la plus fréquente. Quand une entreprise paie un abonnement mensuel ou annuel à un éditeur cloud (Microsoft 365, Google Workspace, Salesforce, Pennylane, Adobe Creative Cloud, etc.), elle n’acquiert aucun actif : elle paie un droit d’usage temporaire, conditionné à la poursuite du paiement.
Conséquence : l’abonnement SaaS est une charge récurrente, à comptabiliser au :
- Compte 6181 — Documentation générale et technique ou
- Compte 6228 — Rémunérations d’intermédiaires divers ou
- Compte 651 — Redevances pour concessions, brevets, licences, marques selon la nature du contrat.
Aucun amortissement n’est possible — il n’y a rien à amortir.
30/04/2026
6181 — Documentation générale et technique 1 200,00
44566 — TVA déductible biens et services 240,00
401 — Fournisseurs 1 440,00
(Abonnement annuel [logiciel SaaS])
Cas hybride : abonnement avec engagement pluriannuel
Un abonnement facturé annuellement avec engagement de 3 ans reste, dans la doctrine comptable, une charge — pas une immobilisation. Le critère décisif est le caractère permanent ou non du droit d’usage : si le client perd l’accès au moment où il cesse de payer, c’est un service. Si le contrat lui assure un droit d’usage perpétuel après une période de paiement, c’est une immobilisation. En pratique, les contrats SaaS restent des contrats de service.
Une charge constatée d’avance peut être nécessaire si la facturation annuelle chevauche deux exercices comptables (compte 486 — Charges constatées d’avance), pour rattacher la charge à l’exercice qu’elle concerne.
Cas n°3 — Logiciel développé en interne
Une entreprise qui développe son propre logiciel — pour son usage interne ou pour le commercialiser — peut, sous conditions strictes, immobiliser les coûts de développement. La règle est posée par le PCG (article 212-3) et par le BOFiP (BIC-CHG-20-30-30).
Six conditions cumulatives doivent être réunies :
- Le projet a de sérieuses chances de réussite technique.
- L’entreprise a la capacité technique et financière de mener le projet à terme.
- Le logiciel sera utilisé durablement par l’entreprise ou commercialisé.
- Les coûts peuvent être identifiés de façon fiable.
- Le projet a passé la phase de recherche (à distinguer de la phase de développement).
- L’option d’immobilisation est exercée de façon constante (pas de bascule arbitraire d’un projet à l’autre).
Tant que le logiciel est en phase de développement, les coûts capitalisés transitent par le compte 232 — Immobilisations incorporelles en cours. À la mise en service, le compte 232 est soldé et les coûts cumulés sont transférés au compte 205, où ils commencent à être amortis selon les règles vues plus haut.
Les coûts de la phase de recherche (étude préalable, faisabilité conceptuelle) restent obligatoirement en charges, ils ne sont jamais immobilisables.
Cas particulier — site internet
Le site internet est un cas hybride entre logiciel et autre actif. Sa comptabilisation suit ses propres règles, voisines de celles du logiciel développé en interne, et fait l’objet d’un article distinct : Amortissement d’un site internet.
FAQ
Une licence Microsoft 365 ou Adobe Creative Cloud est-elle amortissable ?
Non. Microsoft 365 et Adobe Creative Cloud sont des abonnements SaaS. C’est une charge récurrente, comptabilisée au compte 6181, sans amortissement. À distinguer des anciennes versions « Office 2019 » ou « Adobe CS6 » achetées en licence perpétuelle, qui elles étaient des immobilisations.
Un logiciel acheté à 200 € faut-il l’immobiliser ?
Non. Sous le seuil de 500 € HT (BOFiP BIC-CHG-20-20), un actif peut être passé directement en charge plutôt qu’immobilisé. La pratique courante consiste à comptabiliser les petits logiciels au compte 6068 ou 6181 dès l’achat.
Faut-il amortir un logiciel sur 12 mois si on prévoit de le changer dans un an ?
Oui, c’est même la règle. La durée d’amortissement reflète la durée d’usage prévisionnelle, pas une norme abstraite. Si l’horizon de remplacement est de 12 mois, l’amortissement se fait sur 12 mois. Le minimum admis par le BOFiP est précisément 12 mois pour un logiciel.
Une mise à jour majeure doit-elle être amortie séparément ?
Si la mise à jour apporte une fonctionnalité nouvelle significative ou prolonge durablement la durée d’usage du logiciel, son coût est immobilisé séparément et amorti sur sa propre durée. Si elle se limite à une correction de bugs ou à une maintenance, c’est une charge.
Le coût de la formation est-il intégré à la base amortissable ?
Non. Les coûts de formation des utilisateurs ne sont jamais immobilisables : ils restent en charges, au compte 6228 ou 6181. Seuls le prix de la licence et, le cas échéant, les coûts de paramétrage indissociables de la mise en service peuvent être incorporés.
Que faire si on bascule d’un logiciel sur licence vers un SaaS ?
Le logiciel sur licence reste à l’actif jusqu’à la fin de son amortissement ou jusqu’à sa mise au rebut effective. Si on cesse de l’utiliser avant la fin de l’amortissement et qu’on n’envisage plus de l’utiliser, on procède à une mise au rebut : on solde le compte 205 et le compte 2805, et on constate une éventuelle moins-value de cession (compte 675).
Existe-t-il un calculateur d’amortissement de logiciel ?
Oui — le calculateur d’amortissement comptable d’Amortia propose un mode « logiciel » pré-paramétré (durée 12 ou 36 mois, méthode linéaire ou dégressif si éligible, gestion du prorata temporis). Gratuit, sans inscription.
Pour aller plus loin
Page parente : Amortissement par type d’actif — tableau de référence
Articles connexes :
- Amortissement d’un site internet
- Amortissement du matériel informatique
- Immobilisations incorporelles : définition et exemples
- Amortissement comptable — guide complet
- Amortissement linéaire : définition, calcul, exemple
- Amortissement dégressif — coefficient, calcul, conditions
Outil : Calculateur d’amortissement de logiciel
Sources
- Plan Comptable Général (PCG), article 211-7 (immobilisations incorporelles) et 212-3 (frais de développement) — Légifrance.
- Bulletin Officiel des Finances Publiques (BOFiP), série BIC-AMT-10-40-30 (logiciels — durée et méthode), BIC-CHG-20-30-30 (logiciels développés en interne) et BIC-CHG-20-20 (seuil de 500 € HT) — BOFiP-Impôts.
- Code Général des Impôts, article 39 A (amortissement dégressif — éligibilité) — Légifrance.
Cet article fournit une information pédagogique générale. Il ne se substitue pas à un conseil personnalisé d’un expert-comptable adapté à votre situation. Le traitement comptable d’un logiciel hybride ou à conditions particulières demande une analyse au cas par cas.
Dernière mise à jour : 30 avril 2026.